J-B. Prévost, pdt de l'Unef: "On dit non aux opens bar et non à ceux qui les organisent"
Actualité publiée par CommentCaMarche le jeudi 23 octobre 2008 à 19:10:00
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a présenté un projet de loi qui prévoit notamment une série de mesures pour lutter contre l'alcoolisme chez les jeunes, qui touche un nombre croissant de personnes en France. Jean-Baptise Prévost, président de l'Unef et Rémi Martial, président de l' Uni, principaux syndicats étudiants, donnent leur point de vue à Relaxnews sur ce projet de loi et la consommation croissante d'alcool chez les jeunes.
Relaxnews : Quelle est votre position sur le projet de loi présenté par Roselyne Bachelot le 22 octobre, notamment concernant le volet « interdiction de la vente d'alcool aux mineurs de plus de 16 ans » ?
Jean-Baptise Prévost, président de l'Unef : On partage avec le gouvernement l'objectif de lutter contre l'alcoolisme dans la société et chez les jeunes en particulier, à un âge où se prennent les bonnes habitudes qui restent ancrées pendant toute la vie. Je suis néanmoins un peu gêné par la manière dont le ministère de la santé a communiqué là-dessus. A l'Unef, on est plus adepte de la prévention et de la responsabilisation des jeunes que de la culpabilisation. Tous les étudiants ne sont pas des alcooliques en puissance. Or, vu les très faibles moyens alloués à la médecine préventive en milieu étudiant, les déclarations d'intention ne suffisent pas. Il était question en outre de supprimer les happy hours, heureusement que cette idée a été abandonnée. C'est du temps de loisir où l'on s'autorise de boire une bière moins chère à un prix plus accessible. Dans un contexte de baisse du pouvoir d'achat, ce n'est pas un détail négligeable.
Rémi Martial, président de l' Uni :
Notre position sur le sujet, c'est qu'on est pour la responsabilisation. Concernant les mineurs, on est plutôt pour. Concernant l'interdiction des open bar, idem. On en appelle plus à la responsabilité de chacun. Quand ont est étudiant, on est suffisamment grand pour connaître ses limites. Il y a pour moi dans cette loi deux volets très différents : l'un qui concerne l'alcool vendu aux mineurs, l'autre destiné aux open bar. L'idée est de ne pas imposer des textes sur tout. Pour les open bar, on est mitigé mais on en appelle à la responsabilité de chacun.
R. : Quelles sont les actions que vous mettez en place de votre côté pour lutter contre la consommation excessive d'alcool chez les jeunes ?
J-B P. : Nous menons nos campagnes de prévention à l'usage des alcools en collaboration avec la mutuelle des étudiants. On déplore le manque d'effort budgétaire fourni dans ce domaine. Nous menons des campagnes d'information en amont des soirées en distribuant éthylotests et brochures par l'intermédiaire de la LMDE, qui est actuellement un acteur de la société étudiante fragilisée. Les déclarations d'intention ne suffisent pas. Il est important de faire davantage de prévention.
R.M. : Ce n'est pas le rôle de notre syndicat. On se concentre davantage sur les réformes de l'université. Pas de brochure particulière, ... On soutient les mesures de prévention au niveau national. Il y a des associations pour qui c'est le métier qui se sont créées pour ça.
R. : N'y a-t-il pas une certaine hypocrisie à dénoncer la pratique de l'alcoolisme chez les jeunes et faire sponsoriser les soirées étudiantes par de grands alcooliers ?
J-B P. : Sur la question des opens bar enfin, nous souhaiterions que l'Etat et le public joignent les actes à la parole. Nous, on dit non aux opens bar et non à ceux qui les organisent. Il y a certaines soirées étudiantes organisées par des associations corporatives qui, outre leur usage immodéré d'alcool, ont des pratiques proches du bizutage. En outre, on peut faire une soirée étudiante sans open bar. Ok pour des ventes d'alcool pendant la soirée. L'Etat et l'université ont les moyens d'agir en décidant de soutenir ou pas financièrement l'organisation par le biais des subventions allouées sans aucun contrôle. On combat ce type de soirées étudiantes à travers les conseils d'université, notamment les soirées médecine. Il faut faire de la prévention.
R.M. : Il y a clairement des dérives organisées dans certaines fêtes, notamment celles organisées par les facultés de médecine et de pharmacie qui vont jusqu'à organiser des concours de ceux qui boivent le plus alors que des éthylotests sont proposés à la sortie. Il faudrait éviter cette course à l'échalote. Dans cette affaire, tout le monde y trouve son compte. On ne va quand même pas interdire les soirées sponsorisées ni mettre un policier derrière chaque étudiant. Tout le monde est passé par là plus jeune. Il existe en outre une grande tradition du vin en France. Il ne faudrait pas non plus mettre en péril toute l'industrie. A l'Uni, on est partisan du "buvez moins, buvez mieux". A ce titre, on est content que le gouvernement soit revenu sur sa décision en matière d'happy hour.