La consultation en endocrinologie pédiatrique de l’hôpital Saint Vincent de Paul (Paris) est l’une des plus Importantes de France.
Cinq pédiatres endocrinologues y exercent, dont le Dr Marie-Laure Frelut pour le traitement de l’obésité de l’enfant.
La réputation de l’hôpital parisien Saint Vincent de Paul s’est bien propagée au fil des années : les consultations spontanées représentent la moitié des visites au CHU.
Au total, la “file active” de consultations avoisine les 500 enfants par an, le nombre d’enfants suivis atteignant les 1 500.
Rechercher les pathologies associées
Les premiers diagnostics et analyses, avant même de rentrer dans le processus d’analyse de la prise de poids, ont pour but d’identifier les pathologies associées ou parallèles : troubles des règles (stade pré-ovaires polykystiques), problèmes de respiration au cours du sommeil (hypopnées), complications orthopédiques… “C’est terrible à dire, commente le docteur Marie-Laure Frelut, mais l’obésité fabrique des jeunes vieux…”
- Les facteurs psycho-pathologiques aggravants sont également fréquents : anxiétés, dyslexies, hyperactivité…
- Les complications métaboliques, endocriniennes, sont également recherchées.
- Contrairement à une idée reçue, les diabètes de type 2 sont décelés dans moins de 1 % des cas chez les mineurs en surpoids. En revanche, l’étape précédente, à savoir la résistance à l’insuline,se révèle fréquente…
- Autre idée reçue battue en brèche : l’obésité est rarement la conséquence d’un dérèglement hormonal. “Les causes d’origines endocriniennes s’avèrent rarissimes, constate le docteur Frelut.
"C’est dire que nous nous retrouvons, dans la majorité des cas, à combattre l’obésité en jouant avec les leviers d’action traditionnels que sont l’activité physique et la diététique.
Notre rôle va être de déterminer comment dénouer le cercle vicieux qui va du surpoids à la perte de confiance en soi, pour aboutir à des activités solitaires et totalement sédentaires, qui enchaînent télévision, jeux vidéo et soirées Internet."
Un diagnostic sur plusieurs jours
Selon la gravité des cas, mais aussi les disponibilités de l’enfant et des parents, la première consultation varie d’une journée en hôpital de jour à trois voire quatre jours d’hospitalisation.
- En moyenne, cinq rencontres suivront dans l’année.
- Les diététiciennes entrent dans l’arène dès la première rencontre.
- Des réunions de groupe avec quatre, cinq enfants, permettent une information de base sur l’alimentation, sur les produits et leurs messages publicitaires.
Les parents sont, chaque fois que possible, présents. “Ils sont souvent aussi surpris, voire plus, que leurs enfants ! S’ils sont là, c’est parce qu’ils veulent faire au mieux.
La preuve, après la pizza quotidienne ou presque, ils offrent à leur progéniture des yaourts à 0 % de matière grasse.”
Le discours aux enfants reste très “soft” et participatif : “On ne met pas au régime, souligne le Dr Frelut, on n’interdit pas non plus. On suggère une pratique plus raisonnable, on donne les notions premières de ce qu’est l’équilibre.”
Du groupe à l’individu
Au-delà de connaissances basiques et des examens approfondis, une période de plusieurs jours permet de rentrer dans l’histoire de chaque enfant.
“Au niveau de la population générale, rappelle Marie-Laure Frelut, on estime que la génétique intervient dans l’obésité pour un tiers et l’environnement pour les deux tiers restants. A l’échelle individuelle, c’est beaucoup plus difficile à dire. Je considère plutôt que chez un enfant « rond », dans la plupart des cas, l’environnement permet l’expression d’un terrain génétique.”
On retrouve bien entendu, d’un enfant à l’autre, les mêmes ingrédients de prise de poids, au premier rang desquels le grignotage.
Chaque enfant est différent
Pour autant, chaque cas est différent : s’agit-il de repas mal gérés, d’un laxisme familial, ce qui est essentiellement du ressort de la diététicienne, ou de grignotage compulsifs conséquences de troubles anxiolytiques liés au stress, ce qui est plutôt du ressort du psychologue ou du psychiatre ?
Si la mauvaise alimentation est la conséquence d’une situation financière difficile, l’assistante sociale devra à son tour prendre le relais.
En outre, les préconisations alimentaires ne pourront se faire dans l’absolu, mais sur la base de ce qui est pratiqué dans le cadre des habitudes familiales.
Ainsi, le couscous n’est pas déconseillé, dès lors qu’on n’oublie pas les légumes et qu’on ne l’arrose pas avec un litre de soda.
La force du discours et des images
Pour “réveiller” des parents qui sous-estiment généralement les conséquences du surpoids de leur enfant, l’équipe insiste sur la description des maladies associées à venir
: risques de troubles cardiovasculaires, de diabète, de problèmes articulaires.
Autant d’exemple pour ramener la situation sur le plan de la santé, présente et future, de leur enfant.
- Les parents pouvaient être inconscients d’un sérieux problème, aimer leur enfant avec ses rondeurs (“dans la famille, tout le monde est rond !”) ; en revanche, ils ne peuvent plus ignorer désormais les dangers d’un surpoids précoce sur l’avenir de leur progéniture, et se retrouvent ainsi placés face à leurs responsabilités parentales.
- Du côté des enfants, le discours tenu est bien entendu tout autre. On ne parle pas de régime mais de mieux manger et de la nécessité d’un minimum d’exercice. “Il faut leur faire prendre conscience de leur degré de sédentarité. Je leur explique qu’une heure devant la télé, c’est comme une heure de sommeil. S’ils ont le sommeil et l’activité physique d’un enfant de dix mois, ils en auront aussi la silhouette…
- ” A ce stade, il faut aussi savoir leur passer le relais : les enfants devront trouver une activité physique qui leur convienne. “L’hôpital est équipé de vélos d’appartement.
Lors d’un séjour de quatre jours, une jeune fille de 150 kg a fait du vélo deux fois par jour, pour s’apercevoir en fin de séjour qu’elle avait parcouru 25 km. Une performance dont elle ne se serait jamais crue capable !”
- Objectif de l’équipe : faire en sorte que les enfants repartent motivés mais pas stressés. “On ne leur demande pas de perdre du poids, mais de changer leurs habitudes alimentaires et leur hygiène de vie. Dans la majorité des cas, les résultats suivent…”
Source: Revue Nutrition infos
Dernière modification le samedi 31 mai 2008 à 21:56:17.
Réalisé en collaboration avec des professionnels de la santé et de la médecine, sous la direction du docteur Pierrick HORDE