Diagnostic et traitement de la goutte : les recommandations de l’Eular

La goutte est une maladie inflammatoire qui affecte particulièrement les articulations.
En 2006, l’
European League Against Rheumatism (Eular) a élaboré des recommandations concernant le diagnostic et le traitement de la goutte.
Ces recommandations ont été faites par 19 rhumatologues issus de 13 pays à partir de l’analyse d’un corpus de 232 articles.
Diagnostiquer la goutte
Lorsque le patient a des crises récurrentes typiques des crises de goutte, avec hyperuricémie, il est raisonnable d’établir un diagnostic clinique. Celui-ci doit être confirmé par la présence de microcristaux d’acide urique dans le liquide synovial ou un tophus (cristaux d’urate dans les zones sous-cutanées).
Entre les périodes de crise, l’Eular précise que l’identification de microcristaux d’acide urique dans des articulations asymptomatiques peut permettre un diagnostic.
Le patient peut être touché à la fois par la goutte et une arthrite septique. L’Eular recommande donc de faire une coloration de Gram et des cultures, même si des cristaux d’acide ont été identifiés. La réciproque est également valable (il faut rechercher les cristaux en cas d’arthrite inflammatoire).
Concernant le taux d’uricémie, l’Eular précise qu’il doit être interprété, car un taux élevé ne veut pas dire que le patient a la goutte et, à l’inverse, un taux normal ne signifie pas qu’il ne l’a pas.
Enfin, chez les patients ayant des antécédents familiaux de goutte survenue à un jeune âge, ou qui ont eux-mêmes des crises avant 25 ans, l’uraturie doit être mesurée et l’existence d’une lithiase rénale doit être recherchée.
Les traitements de la goutte
Les principales recommandations de l’Eular sont les suivantes :
- La goutte se soigne à l’aide de traitements pharmacologiques et non pharmacologiques adaptés aux facteurs de risque généraux (âge, sexe, obésité, etc.), aux facteurs de risque (taux de l’uricémie, radiographies, etc.) et à la phase clinique (aigüe, récurrente, etc.).
- Il est important que le patient ait une bonne hygiène de vie (amaigrissement en cas d’obésité, diminution de la consommation d’alcool, etc.)
- Le traitement commence généralement par de la colchicine per os (attention, à forte dose il y a des effets secondaires, 3x0,5 mg/j sont suffisants) ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
- En cas de crise aigüe, une ponction articulaire et l’injection de corticoïde de longue durée sont efficaces et bien tolérées.
- Un traitement hypo-uricémiant (l’allopurinol par exemple) est indiqué chez les patients ayant des crises récidivantes, des arthropathies, des tophus ou des signes radiographiques de goutte.
Le but thérapeutique est d’abaisser l’uricémie pour promouvoir la dissolution des cristaux et prévenir la formation de cristaux, ce qui est atteint en maintenant l’uricémie au dessous de 360 micromol/ml ou 60mg/l.
- Le probénécid ou la sulphinpyrazone peuvent être utilisés comme alternatives à l’allopurinol chez les patients dont la fonction rénale est normale, mais sont relativement contre-indiqués en cas de lithiase rénale.
- Le traitement prophylactique des crises pendant les premiers mois du traitement hypo-uricémiant peut faire appel à la colchicine à la dose de 0,5 mg à 1 mg/j ou/et à un AINS (avec gastroprotection si besoin).
Source
Zhang W, Doherty M, Bardin T et coll.,
EULAR evidence based recommendations for gout. Part II: management. Report of a task force of the EULAR standing committee for the international clinical studies including therapeutics (EXCISIT), Ann. Rheum. Dis. 2006; 65: 1312-24.