Pierre Morel A Lhuissier, élu d'un département rural, est particulièrement concerné par les problèmes de démographie médicale. Il est l'auteur en particulier d'un projet de loi concernant une réglementation des distances pour l'accès à certains type de soins.
Monsieur le Député, vous êtes très attaché à la défense de la ruralité et l'un des problèmes qui se développe est celui de l'accès aux soins de premiers recours. Avec une baisse des effectifs probable de 25% des généralistes en 15 ans, pensez vous que les pouvoirs publics ont pris à temps la mesure d'un enjeu prévisible de longue date ?
La problématique de l'accès aux soins est une des plus récurrente sur les territoires ruraux. C'est devenu un impératif vital d'y apporter une réponse sans quoi, comme j'ai coutume de dire, on pourra accuser les pouvoirs publics de non assistance à territoire en danger.
Depuis quelques années on remarque quand même une attitude volontariste de l'Etat pour mettre fin à la désertification médicale par des mesures incitatives, le relèvement du numérus clausus ou encore la mutualisation des services médicaux.
Cependant est ce vraiment la bonne réponse ? Prenons l'exemple du numerus clausus, je ne suis pas contre son augmentation mais deux remarques, tout d'abord une augmentation de ce numerus n'aura d'effet que dans dix ans, donc ca ne correspond pas au caractère d'urgence de la situation, ensuite il faut regarder la situation chez nos voisins européens, la France a un taux de médecins par habitant très bon, donc le problème ne vient pas tant du nombre de médecins mais de leur répartition géographique.
Dans les mesures souvent proposées, il est souvent question de mesures incitatives pour redynamiser l'espace rural. Paradoxalement, pour les généralistes, on voit fréquemment arriver le modèle coercitif. Comment peut on expliquer ces différences de traitement ?
Les mesures incitatives ne me semblent pas suffisantes face à la situation d'urgence qui est celle des territoires ruraux. Il existe actuellement pléthore de mesures incitatives or la situation continue a se dégrader.
La solution coercitive doit être discutée, il ne peut plus y avoir de tabous. Je souhaite personnellement que l'Etat impose des normes d'accessibilité aux ARS.
Plusieurs études montrent que les jeunes médecins, dont 70% sont des femmes, iraient vers d'autres champs professionnels si l'obligation leur est faite de s'installer en campagne. Les pouvoirs publics n'ont-ils pas plutôt intérêts à leur donner les mêmes avantages que ceux qu'ils trouvent comme salariés, y compris en assumant cette dimension de « service public » que l'on sent bien derrière l'angoisse des habitants des zones rurales ?
La pratique de la médecine est en mutation. On est passé d'une pratique individuelle à une pratique en réseau.
Ce que veulent les nouveaux médecins aujourd'hui, et particulièrement les femmes, c'est de ne pas être isolés mais d'être entourés par d'autres confrères. C'est pour cette raison que l'on met en place les maisons de santé, je pense qu'il faut faciliter les montages juridiques de ces maisons et permettre au plus la mutualisation de l'offre de santé, c'est ce que prévoit notamment la proposition de loi du sénateur Fourcade.
Si on doit mettre en place des mesures coercitives, il est évident qu'il faudra que les futurs médecins qui s'engagent dans leurs études soient conscients de cette possibilité. L'hypothèse selon laquelle la France manquerait d'étudiants en médecine et donc de futurs médecins parce que des mesures coercitives sont mises en place me paraît très improbable.
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